The Haunting of Hill House de Mike Flanagan (2018)

Jamais je n’avais été aussi bouleversé par une série comme celle-ci. Pourtant, des séries émouvantes à pleurer toutes les larmes de son corps, ça ne manque pas. Sur fonds d’histoires de fantômes, Mike Flanagan explore les fantômes et les démons tapis dans le noir de la famille Crain. Reflétant parfaitement à l’écran une tristesse infinie, un cauchemar incessant, The Haunting of Hill House brille par son intelligence et la force de son récit et de l’effroi provenant de la maison et qui marque. Le créateur repousse jusqu’au bout les concepts qu’il explore. 

Au centre de la série, on suit une famille banale qui pour un été s’installe dans une vieille maison que les parents restaurent. La maison recèle, cependant, des secrets hantant la famille jusqu’à les forcer à quitter la maison après un terrible évènement. Plus de vingt après, les enfants et leur père se retrouvent et affrontent enfin les démons et secrets enfouis de la maison.

Dans cette série d’horreur surnaturelle, Netflix reprend un grand classique de l’horreur gothique de 1959 et nous le sert de la plus belle des manières. Au travers justement d’une histoire horrifique, Mike Flanagan, créateur, dépeint au plus près un drame familial avec une puissance extraordinaire et avec justesse. Et si on peut lire plusieurs grilles de lecture : celle de l’horreur à proprement parler et celle de la métaphore cachée du deuil. Lors du visionnage, c’est le dernier aspect qui s’est ouvert à mon interprétation. On y présente parfaitement les différentes étapes inhérentes du deuil au nombre de cinq (déni, colère, dépression, acceptation, discussion) que chaque enfant Crain représente merveilleusement bien. Dans tous les cas, c’est de cette manière que j’ai interprété la série. Mike Flanagan a réussi à imposer une âme à la série en traçant des lignes symboliques et psychologiques bien venues apportant une richesse, une complexité (et à la fois une simplicité) dans ce terrain de jeu effrayant et intelligent. Il y place toutes les clés pour offrir aussi bien du frisson que de l’émotion et de l’émotion, il y en a, ce qui magnifie le récit.

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Au travers de ce drame, on suit des personnages bouleversés dans leurs vies, voire fracturés émotionnellement et psychologiquement et qu’ils portent tout au long de leur existence. Le scénario est travaillé et intelligemment dosé laissant venir au fil des épisodes les problèmes, les erreurs et les secrets devenant lourd à porter au fur et à mesure. Il s’agit pour les personnages d’identifier l’origine du mal qui les habite et ainsi de trouver une issue et la paix. Et tout ceci est magistralement orchestré avec un final qui se termine en apothéose et de manière très satisfaisante. Satisfaisant puisque Mike Flanagan embrasse le sujet pleinement en dressant le portrait de la dépression, de la mélancolie, du deuil, aussi bien que de l’horreur et cela avec une honnêteté et une sensibilité rare.

Et si sur le papier, le pari était extrêmement osé, voire extrêmement risqué, le créateur de la série travaille son propos avec un flegme et une justesse exceptionnelle pour le format. En effet, Mike Flanagan compose et recompose les drames vécus  et les séquelles en installant brillamment ses personnages, les interactions entre chacun d’eux, les fractures émotionnelles et familiales qui se dévoilent par des années de secrets, d’incompréhension, de hantise et de doute. C’est une véritable force qui souligne la grande humanité de l’écriture de la série. On ressent parfaitement la puissance et la force des liens Crain. En témoignent l’ouverture de la série et les scènes finales.

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Le découpage temporel est très bien amené et intelligent nous faisant vaciller de part et d’autre d’une époque, rendant ainsi l’ensemble ébouriffant et faisant monter en puissance l’émotion.

Ce n’est sans compter la technique, la méthode magnifiant le propos nous offrant un conte gothique sombre. L’épisode 6 révèle tout le talent du réalisateur grâce à des plans-séquences incroyables sans oublier le tableau qu’il narre. La réalisation incroyable de cet épisode amène et transcrit de manière particulière le récit, comme si cela était du théâtre. Cela prend toute son ampleur avec les dialogues, les disputes, les retrouvailles difficiles, les révélations et le découpage temporel et toujours en servant la narration. La direction artistique est incroyable et en y intégrant en fond des effets horrifiques (statues…) et sans en parler, on se rappelle du danger, de la terreur, l’angoisse parfois insoutenable qui règne dans les murs de la maison et en dehors.

En matière d’horreur, on est bien servi, The Haunting of Hill House reste très efficace sans jamais tomber dans l’ennui, la répétition ou l’excès. Mike Flanagan réussit, à chaque fois, à surprendre et à renouveler les moments d’angoisse et d’horreur.

N’oublions pas les acteurs incroyables qui ont réussi à insuffler ce qui était nécessaire pour donner de la profondeur, de l’humanité à leurs personnages respectifs. Avec les non-dits, les jeux de regards, d’expression, on ressent facilement les blessures de leur âme, les émotions qui transparaîssent. La BO magnifie tout le travail du réalisateur avec des mélodies puissantes, douces, horrifiques et surtout émouvantes que l’on n’oublie pas.

En bref, The Haunting of Hill House est, certes, un conte horrifique mais surtout un conte familial et humain. En nous plongeant au coeur de cette maison hantée, on contemple les méandres du deuil, de la folie qui survient avec les fantômes. Un conte bouleversant, émouvant que je ne me lasserais pas de revoir. A quand une seconde saison ? 

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2 réflexions sur “The Haunting of Hill House de Mike Flanagan (2018)

    1. Moi également je suis une grosse flippée mais elle ne fait pas si peur que ça. Les éléments d’horreur sont très réussies et flippants mais c’est totalement regardable. Fonce, ça te plaira énormément. Dis-moi si tu le fais et ce que tu en as pense si jamais tu la visionnes. 😊

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