Le voyage de Chihiro d’Hayao Miyazaki (2001)

Si au départ, Le voyage de Chihiro n’apparaît que comme une épopée majestueuse, on se retrouve également face à une œuvre énigmatique, intimiste et visuellement aboutie. A travers une animation splendide, des personnages foisonnants, un monde inconnu et mystérieux, Le Voyage de Chihiro est un voyage initiatique qui impressionne par sa beauté narrative, par sa portée philosophique et par son épopée ambitieuse. En allant au-delà d’une simple oeuvre d’apprentissage destinée à la jeunesse, Hayao Miyazaki nous offre un moment de cinéma et d’animation exceptionnel. En racontant l’histoire et le voyage d’une fillette, le maître de l’animation ouvre un monde empli de poésie ssoù univers et mythes côtoient une vision singulière et critique de la société.

 

Créé en 2001, réalisé par Hayao Miyazaki et produit par le célèbre studio Ghibli, Le Voyage de Chihiro s’impose déjà comme un classique de l’animation, entraînant le spectateur autant dans un récit d’aventures et pédagogiques que poétique et allégorique sur la fin de l’enfance. Au-delà de cet aspect et de l’aspect artistque indéniable, il s’agit pour Hayao Miyazaki de dresser et critiquer la société moderne nippone tout en défendant ses racines, l’histoire, les mythes et les traditions japonaises. En prenant racine dans les mythes et traditions nippons, Le Voyage de Chihiro reflète parfaitement la cause que le créateur défend, celui de montrer la culture japonaise, l’histoire japonaise oubliée par cette nouvelle génération très fortement américanisé.

En embarquant le spectateur dans un voyage sans retour, Hayao Miyazaki nous plonge dans un univers déroutant où tout est possible, foisonnant et fantastique où nombres de créatures et esprits en tous genres se mêlent pour narrer un récit puissant, intelligent et analytique.

Intelligent et puissant puisque dès le début, on s’ouvre à un monde inconnu qui traite de sujets sérieux tout en l’explorant judicieusement et en passant un message au travers du graphisme, des lieux, des personnages et de la musique. Tout est dosé à la perfection, sans défaut et on se laisse porter agréablement par le récit. Un récit qui se développe de manière très pertinente et profonde.

Analytique car comme je l’ai déjà soulevé, Hayao Miyazaki dresse un portrait critique de la culture et de la société nippone. Le maître de l’animation le fait au travers des échoppes que l’on aperçoit au début, du comportement de certains personnages, le travail répétitif, la masse formée par les employées, le cadre, les règles, l’oubli des prénoms… Je m’explique.

En montrant le monde que dirige Yubaba, Hayao Miyazaki exprime ici la manière dont travaille les employés, l’oubli de soi. Il insiste sur la dureté et la difficulté du monde moderne. Chihiro, peu à peu, doit se transfomer en Sel et oubli qui elle est et ce qui fait d’elle un être à part entière, son individualité. Cela montre parfaitement le modèle japonais où le collectivisme doit refaire surface face à l’individualisme de la société. Les employés travaillant dans les bains publics caractérisent également la société que juge Miyazaki. En révélant une vision très critique de son propre pays, du modèle japonais, Miyazaki attaque de front l’américanisation du Japon et la société de consommation qui a suivie. En témoignent les différentes métaphores ; les parents représentent cette société de consommation. Ils se goinfrent et ne se soucient aucunement de ce qu’ils font en prétextant qu’ils ont de l’argent, qu’ils peuvent payer. Ensuite, l’esprit putride que l’on croise dans les bains publics, qui est au départ infect et qui a une apparence affreuse, évoque la pollution de la rivière par les humains et les déchets. On se rend compte que c’est en fait un esprit magnifique et très important.

Le sans-visage quant à lui est un de mes personnages préférés grâce à son écriture et son développement. Au départ, le Sans-visage s’imagine que l’argent peut tout acheter, notamment, l’amitié. Pourtant, Chihiro n’est pas intéressé et il se jette donc sur tous les employés du bain public. Seulement, les employés avides d’argent et d’or profitent de cette demande. A la fin, ils se font manger par le Sans-visage du fait qu’ils en aient allègrement profité. En présentant ce personnage, Hayao Miyazaki décrit la société de consommation toujours avide de richesse et nous entraînant dans les bas-fonds.

Hayao Miyazaki va même plus loin sur un aspect de plus en plus visible dans nos sociétés. En intégrant dans l’histoire le bébé Yubaba, l’auteur a voulu pointer un fait important. Le géant capricieux, détestable qui pleure sans cesse est synonyme, selon moi, d’enfant-roi. La mère n’arrive jamais à assouvir les caprices de son enfant et reste sans cesse une maman gâteuse.

Mais ce qui est d’autant plus fabuleux dans cette épopée est le fait que personne, ni rien n’est tout blanc ou noir. Si au départ, Yubaba apparaît comme un monstre sans foi ni loi, elle montre tout de même un comportement plus docile. Elle a des règles à faire respecter pour que le monde qu’elle dirige fonctionne. Sa soeur également évolue, elle devient une grand-mère adorable alors qu’elle voulait tuer Haku. Hayao Miyazaki prend vraiment le temps de développer ses personnages et en les laissant évoluer. Et le plus gros changement se retrouve chez Chihiro qui évolue au fur et à mesure des péripéties. Au départ, Chihiro était une jeune fille très peureuse, un petit être fragile qui réussit à s’émanciper et mûrir. On comprend aisément que le chemin qu’elle a parcouru l’a transformé et qu’elle ne reviendra pas sur ses pas. En témoigne la scène du train qui est un aller-simple sur le chemin de la vie.

Bien sûr, il faut souligner que toute cette métaphore est sublimée par un dessin majestueux et merveilleux, artistiquement époustouflant, d’une féérie incroyable, d’une poésie à la fois douce, pétillante et profonde. Une véritable ode à la vie, à l’enfance et à sa fin et à un retour aux origines.

En bref, Le Voyage de Chihiro est un film aussi époustouflant que magique. Si je n’ai pas encore toutes les oeuvres du grand Miyazaki, celui-ci me restera particulièrement en mémoire. Par un univers riche, un graphisme soigné illustrant le récit admirablement, Le Voyage de Chihiro nous transporte dans ce monde empli d’enchantement sans jamais nous lâcher. On voyagerait volontiers dans ce monde au côté de Chihiro avec un grand bonheur.

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