Genesis : Nursery Crime

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Les débuts du mellotron furent aussi essentiels au développement du rock que l’était l’agriculture pour celui de l’espèce humaine. Le rock était alors en train de partir dans tous les sens, révolutionné par la découverte de la fée électricité, libéré de ses codes par la magie du LSD, aucune exubérance ne lui était interdite.

Et puis les Beatles, rapidement rejoint par des moody blues en pleine quête d’un filon capable de leur éviter la banqueroute, se sont mis à marier rock et classique, sucrerie pop et arrangement dits sérieux. McCartney résume cette nouvelle vision en une phrase péremptoire « la pop c’est la musique classique du 20e siècle ». Sauf que, pour parvenir à cette ambition, les deux groupes ont convoqué un orchestre, qui les aurait ruinés dans le cas d’une éventuelle tournée.

Avec le mellotron, et autres claviers de plus en plus sophistiqués, plus besoin de faire venir une bande de musiciens académiques, exhibant leurs virtuosités avec la suffisance morne de vieux académiciens dépressifs. Une nouvelle porte venait de s’ouvrir, avant d’être enfoncé par la puissance et la beauté free jazz de king crimson. Un nouveau « king » était né, et il incitait ses contemporains à abolir toutes les frontières qui séparent la pop des musiques plus « adulte ».

Fondé en 1969, et éduqué à l’immortelle école du rythm’n’blues, Genesis fut saisie par la révolution en marche. Après avoir découvert quelques diamants bruts issus de cette nouvelle excentricité anglaise, le groupe s’enferme dans un cottage anglais, et passe des heures à écouter les premiers disques des Moody blues, King crimson, Procol harum et family.

De cette étude passionnée naitra Trespass, essai un peu gauche mais passionnant, mené par des musiciens conscients d’avoir trouvé leurs voies. Les compositions étaient encore un peu bancales, les musiciens hésitants, mais un certain raffinement commençait déjà à émerger de cet édifice fragile. Les bases de l’identité génésiennes étaient jetées, et il lui faudra moins d’un an pour les établir définitivement.

Sortie en 1971, « Nursery crime » s’impose comme l’acte de naissance de Genesis, et la distance parcourue en si peu de temps est impressionnante. Avec cet album, Genesis semble inventer un nouveau langage, ou la musique en dit aussi long que la poésie de Peter Gabriel. Le groupe a appris à ménager ses effets, ponctuant ses récits de longues plage bucolique, avant que les envolés électriques ne viennent souligner les passages les plus poignants.

En racontant la nostalgie de la maison victorienne où il passa son enfance, Gabriel offre au groupe son premier grand titre, et ‘musical box » peut prendre place à coté des grandes pièces baroques que la décennie ne manquera pas de produire. Entre divagations issues de la mythologie grecque ( the fountain of salmacis), délire science fictionnelle (return of the giant ogweed) et autres fantaisies surréalistes, genesis invente un univers fantasmagorique, où Peter Gabriel devient une sorte d’Homère délirant immergé dans une folie musicale fascinante.

Certes, le groupe fera encore mieux par la suite, mais « Nursery crime » a le charme désuet des trouvailles encore neuves, l’innocence d’un groupe ayant trouvé une mine d’or sans savoir comment il en est arrivé là.


2 réflexions sur “Genesis : Nursery Crime

  1. Je l’ai usé celui-ci dans ma jeunesse, avant de m’en éloigner. Pourtant, j’étais si admiratif de la batterie de Collins, du jeu de guitare de Steve Hackett, l’éternel oublié de Genesis. For absent friends est pourtant à mes oreilles devenue un hymne galopant de The Divine Comedy plutôt qu’une ritournelle murmurée par Pete Gabriel. Selling England by the pound, c’est vraiment pas cher payé.

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  2. Aurais je était trop tiède sur cette chronique celons toi? J’avoue être moins enthousiaste, malgré l’évidente réussite que représente ce disque.Le groupe sera plus bouleversant sur « selling england by the pound », et plus aventureux sur l’irréprochable « the lamb lies down on Broadway ». « nursery crime » est pour moi un glorieux signal annonçant les merveilles à venir.

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