Johnny Winter : Second Winter

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En 1969, le blues boom est déjà plus proche de sa mort que de son âge d’or, mais le nom de Mike Bloomfield est encore dans toutes les têtes.

Doté d’un toucher inimitable, il fait partie des responsables de la vague blues-rock, initiée par le premier album qu’il a enregistré avec le blues band de Paul Butterfield, en 1965. Il a ensuite initié la vague psychédélique, profitant de l’influence du LSD pour enregistrer les accords hypnotisant de east west. Lorsque le Paul Butterfiled blues band débarqua à San Francisco, tous les groupes locaux vinrent prendre des notes, et les futures gloires de la vague psychédélique eurent leur première révélation.

Pourtant, l’homme ne supportait pas sa notoriété, ses insomnies l’obligèrent à abandonner Al Kooper alors qu’ils n’avaient enregistré que la moitié de l’album Super Session, et electric flag s’écrasa rapidement après un premier disque élitiste, donnant une vision plus large du blues-rock. Les échos de ses performances sur l’album Super Session résonnent encore lorsque, après une prestation au légendaire Fillmore east en compagnie d’Al Kooper, Bloomfield présente Johnny Winter à une foule enthousiaste.

Albinos, le guitariste a vite compris que le blues serait son seul salut face aux moqueries et quolibets de ses camarades. Dès son plus jeune âge, il se sent proche des complaintes de Muddy Water, BB King et autres gloires du blues originel. Pour être bluesman, il faut partir sur les routes, prendre des coups, et se servir de ces expériences pour donner une âme à sa musique. Baladé par des managers peu scrupuleux, Johnny Winter se serait sans doute perdu en chemin sans l’intervention inespéré du parrain du renouveau blues.

Après sa prestation au Fillmore, la presse parle de lui avec enthousiasme, il faut dire que son groupe s’insère dans le sillon des power trio speedés, comme Taste ou le tout jeune Jimi Hendrix experience. Heureux de voir son poulain conquérir le monde, Bloomfield l’invite à le rejoindre sur scène, où ils effectuent une reprise historique de « It’s my own fault » de BB King. Assis dans la salle, les cadres de Columbia sont scotchés par ce qu’ils entendent, au point d’offrir un contrat particulièrement avantageux au jeune bluesman. Winter se retrouve donc à signer avec le label Columbia, pour un montant de plusieurs milliers de dollars, et avec la garantie d’avoir une liberté artistique totale.

De ce mariage en grande pompe naît un premier disque traditionaliste, qui malgré la force de ses riffs grandiloquents, était bien loin de l’énergie déployé par l’albinos sur scène. On parle tous de même de l’homme qui, grâce à son impressionnante puissance sonore, a obtenu un contrat plus avantageux que Led Zeppelin, le « groupe le plus bruyant du monde ». Le talent de composition déployé sur ce premier essai suffira tout de même à faire exploser sa carrière. Invité à Woodstock au côté de la crème de la pop anglophone, Winter devient un guitar hero aussi populaire que Hendrix, et profite rapidement de ce gain de notoriété pour mettre en boîte ce « second winter ».

Après avoir côtoyé Hendrix à Woodstock, Winter a imaginé une musique plus puissante, qui flirte parfois avec le psychédélisme. Propulsé au même niveau que le vodoo child, l’albinos pouvait se permettre de livrer une version sous amphétamine de « highway 61 revisited », mixant la poésie Dylanienne avec un rock viscéral que n’aurait pas renié Chuck Berry. Le titre « Fast life rider » est plus agressif, et voit Johnny Winter concurrencer Hendrix dans le domaine de la distorsion corrosive. Second Winter montre un guitariste beaucoup plus nerveux, dont le power trio atomise le « Johnny Be Good » de Chuck Berry, l’hymne rock par excellence.

Le blues est toujours là, dans le riff langoureux de « Memory pain », mais c’est un blues beaucoup plus lourd et musclé, sorte d’équivalent plus puriste des premiers riffs plombés de Led Zeppelin. Mais ne dites jamais à l’auteur de ce disque qu’il exploite le filon juteux du hardrock, pour lui cela reste du blues, mais joué avec la fougue juvénile du rock. La formule résume bien ce disque, qui redonne du sens à l’étiquette hard/blues, utilisé à tort et à travers pour parler de n’importe quelle sauvage à guitare.

Le blues est avant tout une question de feeling, et il ne se résume pas à la puissance des amplis d’un Jimmy Page qui ne tardera pas à explorer des sentiers moins balisés. Contrairement au guitariste anglais, Winter ne s’est jamais éloigné du blues, il l’a seulement réadapté pour sa génération. Et, après tous , le rock n’est-il pas seulement une façon de réinventer le blues ?

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