Joe Bonamassa : Redemption

Image associée

Doit-on considérer Bonamassa comme un guitariste doué, mais trop respectueux pour être créatif, ou vénérer son œuvre comme la glorieuse résurgence du blues originel ?

Sa discographie est désormais là, envahissant les bacs des derniers disquaires, au point que certains lui consacrent la moitié de leurs sections blues-rock. Pourtant, jusque-là, l’homme était surtout brillant lorsqu’il trouvait d’autres pointures avec qui partager la scène, ou quand il saluait un répertoire de classiques. Les disques qu’il a faits avec Beth Hart sont sans doute les meilleurs qu’il a produits, je pense surtout au « Live in Amsterdam » et à « Black Coffee ». L’homme s’y affirmait comme une version moderne de Canned Heat, s’appliquant à implanter sa musique dans le terreau fertile de ses influences.

Mais Canned Heat était surtout nourri par les rythmiques libidineuses de Bo Diddley, inventeur de ce Jungle Beat célébré par Jukin Bones. Bonamassa , lui, ne jure que par BB King , qu’il a rencontré alors qu’il n’avait même pas l’âge de comprendre entièrement ses textes. La différence entre ses deux influences explique une bonne part de sa carrière. Bo Diddley était le héros discret, chantant son spleen sur des rythmes secs et carrés. BB King, lui, était plutôt le soliste spectaculaire, ne rêvant que de soumettre le monde à son art. Ce que Diddley disait en trois accords, BB King le répétait en dix notes, et le tout devant un orchestre. Bonamassa ne fait donc que suivre cette voie tapageuse, au point que les esprits mesquins pourraient affirmer que sa rencontre avec le King of blues fut le point d’orgue de sa carrière. On aurait pu s’arrêter là, en jugeant que « Live in Amsterdam » était son « Live at regall », et que toute sa carrière n’aura servi qu’à faire vivre pompeusement le fantôme de BB, ce qui est déjà pas mal.

Mais les influences de BB Joe ne s’arrêtaient pas aux portes poussiéreuses des pionniers, comme il l’a déjà prouvé avec Black Country communion. L’essai était encore trop laborieux, et trop puriste pour être autre chose qu’un moment aussi sympathique que futile, mais sa guitare brillait encore plus fort au milieu de cette réunion de vieux routards. C’est sans doute le drame de ce guitariste, son jeu ne brille jamais aussi merveilleusement que quand il est mis au service d’un collectif. En solo, il semble ressasser éternellement les mêmes automatismes, masquant sa gêne par un jeu bavard parfois irritant. C’est peut-être pour ça que Bonamassa cherche sa « Redemption » sur ce dernier disque.

Ce qui marque, dès les premiers titres, c’est que l’homme semble avoir trouvé la formule vivifiante qui faisait le charme de son concert à Amsterdam. On est toujours face à un album nourrit par la musique américaine, dans toute sa grandiose diversité, mais BB Joe semble enfin ménager ses effets, laissant son groupe déployé une grâce digne des big bang de jazz. Redemption contient un souffle vital incroyable, l’homme ne regarde plus dans le rétroviseur pour éviter d’affronter ses propres difficultés, il célèbre ses déboires dans une grande cérémonie classieuse. On passe du boogie enthousiaste de « The Ghost of Macon Jones », au blues consolant « just cos you can don’t mean you should », sa guitare ponctuant le rythme de solos majestueux.

De black country communion il a gardé cette verve, qui permet à « Evil Mama » de débouler comme une bonne baffe rock’n’roll sur fonds de cuivres chaleureux. Et puis, il revient à ses bases, jouant son blues du bayou avec le renfort de cœurs gospels sur « Deep in the blues again » et « Redemption », la musique de la grande Amérique a rarement été célébré avec autant de classes. Pour ce morceau titre, on regrettera juste ce break, ou la guitare tisse des spirale rythmiques tout droit sorties de « Kashmir », chassez le naturel et il revient copier Led Zeppelin.

A vrai dire, ce court dérapage est le seul défaut qui m’empêche de qualifier ce disque d’indispensable. Alors qu’on n’en attendait rien de particulier, ce « Redemption » est le disque qui fait véritablement naître Bonamassa en tant que compositeur. Une réussite aussi classe que vivifiante.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s