Hot Tuna : Burgers

Image associée

Pour le rock californien, la fin des années 60 sonne comme un retour sur terre, après des années de merveilleux délires acidulés. Les Byrds ont lancé le mouvement et après un Fifth Dimension qui sonna le début des festivités psychédéliques, les « Oyseaux » venaient respirer l’air des saloons sur Sweetheart of the Rodeo. Non contents de lancer ce que beaucoup nomment désormais le country rock, ce disque est le premier d’une série de retours à un certain traditionalisme. Le Grateful Dead lui emboite bientôt le pas et vient se ressourcer auprès des mêmes influences country.

Les Doors eux préféreront le blues, ce qui les amènera à sortir Morrison Hotel en 1970, avant de clôturer leur carrière sur L.A. Woman un an plus tard. Le constat reste le même, le rock psychédélique meurt en même temps que le rêve hippie, achevé par le chaotique concert des Stones à Altamont, et tout le monde semble lui tourner le dos.

Pendant ce temps, le Jefferson Airplane se voit obligé de faire une pause, les cordes vocales de Grace Slick ayant souffert des exigences de leur majestueux lapin blanc*. Pendant ce temps, Jack Cassady et Jorma Kaukonen, le bassiste et le guitariste de la formation, jamment ensemble en reprenant des standards du blues et de la country. Le repos que leur impose leur chanteuse défaillante les incite à pousser cette exploration de leurs racines plus loin.

Ils commencent par effectuer des concertsintimistes, témoignant de leur retour au traditionalisme acoustique. Leurs performances vont rapidement intéresser les cadres de RCA, qui leur proposent rapidement un contrat alléchant. Le duo se renomme alors Hot Tuna, ce qui soulage un label qui craignait de le mettre en concurrence avec le groupe qui les a fait connaitre.

A la fin de la pause de l’Airplane, le duo effectue ses premières parties et publie rapidement un premier album. Le disque est un succès critique et commercial, qui montre bien la mutation que vit la scène californienne. Ce succèspermet à Hot Tuna de s’émanciper en organisant des concerts en compagnie de Grateful Dead, qui chante désormais le même amour des refrains rustiques.

Mais surtout, Jefferson Airplane met encore une fois son activité entre parenthèses en 1971. Hot Tuna signe alors avec Grunt Records, un label lié à RCA, mais créé par le Jefferson Airplane. Sans doute encouragé par la liberté que lui accorde son nouveau label et l’arrêt de ses engagements avec son ancien groupe, Hot Tuna enregistre Burgers en 1971.

On peut considérer ce disque sorti en 1972 comme le véritable premier album de Hot Tuna. Fini les reprises de standards balancés comme un prolongement des jams effectuées entre deux dates de l’Airplane, Burgers est composé majoritairement de chansons originales.

Ce disque restera son chef d’œuvre, celui qui le voit renouer avec la fée électricité, sans perdre son traditionalisme country/blues. Invité à participer à l’enregistrement, Crosby ajoute sa voie rêveuse aux chœurs de « Highway Song », un titre qui semble issu des fermes du Texas. Ouvrant l’album, « True Religion » démarre sur un country rock bucolique digne de JJ Cale, avant de nous gratifier d’un solo tout en finesse.

Le titre de ce morceau d’ouverture est d’ailleurs un clin d’œil espiègle à une génération qui a rejeté toute les valeurs traditionnelles, se réfugiant parfois dans les délires mystiques de Yogi s’apparentant à des gourous sectaires. La religion des pionniers avait sans doutes ses défauts, mais elle eut le mérite d’influencer toute la musique populaire américaine, n’en déplaise aux « clochards célestes** ».

Hot Runa le rappelle d’ailleurs sur un registre plus folk/blues, avec le classieux « Let’s Get Together Right Down Their ». Et puis il revient à des aspirations plus terre à terre, renouant avec le country de ranch (« keep on Trukin’ »), avant d’explorer les champs de coton du Mississipi sur « 99 year blues » .

Le groupe sait toutefois hausser le ton, préfigurant son virage hard/blues sur « Sea Child » et « Ode For Billy Dean ». La finesse traditionnaliste de ce disque ne sera jamais renouvelée, le groupe préférant ensuite s’insérerdans le sillon prometteur du hard rock.

Les choses changent inévitablement mais, quand on écoute Burgers, on regrette presque qu’Hot Tuna n’ait pas gardé ses influences poussiéreuses plus longtemps.

*White rabbit est un titre sorti sur Surrealistic Pillow, la performance vocale de Grace Slick est particulièrement impressionnante sur ce titre.

** Les clochards célestes est un livre écrit par Kerouac, et décrivant une bande d’adeptes du zen, sorte de religion folklorique venue d’Orient, et lié à la pensée bouddhiste.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s