Iron Maiden : la légende de la bête

Nous sommes en 1979, le punk semble mourir aussi vite qu’il est né et, dans le music machine de Camden town, un journaliste de sound est venu chercher la prochaine sensation électrique. Ce soir là, Burning Witch répète les messes noires de Black Sabbath, Samson cherche son identité dans un rock encore très bluesy, et surtout, Iron Maiden présente une première version d’Eddie au public. Bien que tous ces groupes soient encore en rodage, l’énergie irrésistible qui se dégage de leurs prestations incite le journaliste à travailler sur un dossier sur cette nouvelle génération de musiciens.

Résultat, un article de douze pages, réunissant ceux qui ne sont encore que de jeunes hard-rocker sous le nom de « nouvelle vague de heavy metal britannique ». L’appellation ne décrivait pas encore un son radicalement nouveau, la plupart de ses groupes étant encore trop proche de Motorhead, Black Sabbath ou Deep Purple. Elle était surtout un pressentiment, une nouvelle vague musicale qui se lève, et Iron Maiden sera son fer de lance. Ses écrits sont le point de départ d’une irrésistible ascension, qui permet à Maiden d’enregistrer ses deux premiers disques en 1980 et 1981.

Avec le recul, on peut affirmer que ses deux premiers disques pâtissent du manque d’ambition de leurs créateurs. Formés dans le même moule défectueux, les titres qui les composaient devaient simplement restituer l’énergie que le groupe déployait sur scène. Résultat, si certains grands moments sortent du lot, le tout sonne trop cru, presque punk, et masque le talent de composition de Steve Harris.

Principal acteur de cette faiblesse, Paul Di Anno était un grand fan des Damned et des Sex Pistols, ce qui s’entend dans son chant vindicatif et direct. Ce défaut n’empêche pas les disques de bien se vendre, et le groupe enchaine les concerts à un rythme de plus en plus soutenu. Mais, encore une fois, son chanteur montre ses limites, et refuse de monter sur scène à plusieurs reprises. Maiden vient de conquérir l’Europe, dans laquelle il donne des concerts devant des salles pleines, et ne peut pas se permettre d’accepter les caprices d’un chanteur défaillant.

Paul Di Anno est donc expulsé, et avoue être soulagé par la fin d’un rythme de tournée qu’il ne supportait plus. Pour le remplacer, le groupe recrute rapidement Bruce Dickinson, l’ex-chanteur de Samson. Son arrivée marque le véritable début du règne d’Iron Maiden, et après quelques concerts de rodage, la formation part enregistrer un album historique.

The number of the beast

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6 6 6, the number of the beast
6 6 6, the one for you and me

Ce refrain claque comme un coup de tonnerre donnant naissance à un nouveau pandemonium musical. Si on se souvient autant de ces paroles, c’est que la voix qui les porte à propulser Iron Maiden à un niveau supérieur. Plus théâtrale, et prompte à partir dans des envolés lyriques dignes de Ronnie James Dio, elle libère la créativité de Steve Harris.

Fasciné par les cassures rythmiques du rock progressif, il imagine des titres plus alambiqués, et ses variations s’enchaînent enfin avec une fluidité digne de King Crimson. A ce titre, le single phare d’Iron Maiden aurait dû être « Run To The Hills » , mais le public retient toujours mieux un refrain puissant qu’un parfait mélange de mélodie épique et de puissance sonore. Mais surtout, avec six titres vibrant ( « the number of the beast », « run to the hills » , « hallowed be the name » , « the prisoner », « children of damned », « 22 arcadia avenue ») , Iron Maiden pose les bases de l’identité musicale du heavy métal britannique. Puisant ses textes romanesques ou démoniaques dans la culture pop ou l’histoire, le groupe combine la puissance orgiaque de ses riffs tranchants à une sensibilité mélodique incarné par la voie possédé de Dickinson.

Dans ces conditions, on peut juste regretter que, pour boucler son disque, le groupe ait ajouté « Gangland » et « Hallowed be the name » , qui renouent avec la simplicité rugueuse des deux premiers disques. Cette petite faiblesse n’empêche pas « The number of the beast » d’être un épisode historique dans la longue histoire du heavy metal. 1982 est en effet l’année ou les métalleux anglais sortent leurs œuvres fondatrices, comme le « Screaming for vengence » de Judas Priest, ou « Denim and lether » de Saxon (il est d’octobre 1981 mais on va pas chipoter ! )

Une nouvelle génération se lève et, comme prévu, Iron Maiden plane déjà au dessus de la mêlée.

Piece of mind

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Battre le fer tant qu’il est chaud, voilà la mentalité d’Iron Maiden après le carton de « The number of the beast ». En 10 mois, le groupe donne 180 concerts dans 10 pays, et à chaque fois la ferveur augmente, les magazines les plus réfractaires aux heavy metal les mettent en couverture, et les fans des débuts semblent avoir oublié Paul Di Anno, tant le charisme spectaculaire de Dickinson les ravies. Entre les concerts, les musiciens goûtent à tous les excès pour évacuer l’adrénaline accumulée sur scène.

Dans le groupe, les règles sont claires, tout est permis à partir du moment où ces excès n’ont pas d’impact sur les prestations du groupe. Mais Clive Burr, le batteur qui les suit depuis 1978, n’est pas aussi résistant que ses collègues. Sur scène, il essaie d’assurer entre deux vomissements, quand il n’est pas à la limite du coma.

Chez Maiden, comme chez beaucoup de groupe, le rythme est le nerf de la guerre, et si la batterie ne suit pas, elle emporte le groupe dans sa chute. D’autant que les morceaux de l’album précédent, plus alambiqués, nécessitent une concentration et une vivacité sans failles. Le groupe étant en pleine ascension, il n’a d’autres choix que de virer le fautif sans ménagement.

Il se rappelle ensuite de Trust, qui faisait leurs premières parties à la fin des années 70, et surtout du colosse qui lui servait de batteur. Seul anglais dans un groupe français, Niko Mcbrain avait noué des liens avec la bande de Steve Harris, c’est donc naturellement qu’il hérite du poste de batteur de la vierge de fer.

Steve Harris avoue aujourd’hui que, depuis qu’il l’a rencontré, il a toujours pensé que Mc Brain était le batteur parfait pour Maiden. Son énergie incroyable allait très bien avec la vision que Harris avait de ses chansons, qui devaient être propulsées par un véritable athlète.

Résultat, Piece of mind est l’album de McBrain, celui où sa frappe puissante raisonne avec la force du tocsin annonçant une nouvelle bataille. Ce sont d’ailleurs ses martellements tonitruants qui ouvrent l’album, avec un « Where Eagles Dare » tout en puissance rythmique. Cette entrée en matière tout en puissance fait rapidement place à des passages plus nuancés, chacun ayant composé une partie de ce nouveau chef d’œuvre, mais la batterie garde cette résonance pleine d’autorité.

Sans surprise, Dickinson compose le titre le plus mélodique, les variations permettant au chanteur de déployer toute sa palette vocale, sans perdre la poétique harmonie qui s’installe entre deux breaks rageurs.

Mais surtout, il fallait un batteur déchainé pour maintenir la puissance orgiaque de « Die with your boots on », et pour enclencher la rafale rageuse annonçant le riffs tranchants de « The trooper ». Là où le précédent album conservait quelques fautes de goûts, rappelant que Maiden n’avait pas encore fait un trait sur son passé, « Piece of mind » est un disque compact et sans failles.

Le groupe semble enfin avoir trouvé son équilibre entre ambition artistique et l’énergie juvénile qu’il déploie. Doté d’une formation enfin stable, il était prêt à conquérir l’Amérique.

Powerslave

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Après avoir enregistré « Piece of mind » dans un studio américain, où le groupe a croisé la route Jimmy Page, Iron Maiden devait confirmer le succès encourageant que ce dernier a eu au pays de l’oncle Sam. De plus, avec le rythme infernal des tournées, le groupe est devenu une machine de guerre bien huilée, machine qui atteint son apogée ici.

Finis les passages où la rythmique semble dominer tout le reste, finis les titres brouillons où les guitares semblent envoyer les riffs sans soucis de cohérence, et Dickinson ne composera plus de titres mettant en lumière sa voix. Maiden est désormais une formule indissociable, où la basse imbrique ses lignes mélodiques dans les riffs de guitare, la batterie faisant avancer la machine au lieu de la mener dans quelques détours agressifs.

Le plan d’attaque est simple, et il sera respecté tout au long de ce disque monumental. Dans un premier temps, les cavalcades de guitares assassines enveloppent l’auditeur telle une camisole de force. Puis, elles se font plus mélodiques, la violence a laissé place au lyrisme, et Dickinson s’impose comme définitivement comme le maitre d’une nouvelle génération de Metallhead. Ces deux parties finissent par s’unir dans un final apocalyptique.

Le groupe fait varier cette formule, la rendant plus puissante et vindicative sur Powerslave, où Dickinson se plaint d’un rythme effréné, qui lui donne l’impression d’être un esclave à la botte du show business. « Back in the Village » et « 2 minutes to midnight » renouent avec les ambiances angoissantes des premiers albums, sans casser la cohérence d’un son compact et puissant.

Et puis on termine par « Hymn of the ancient mariner » , une fresque musicale de plus de 10 minutes qui voit le groupe étirer la formule précédemment décrite, à travers des passages instrumentaux épiques.

Le groupe était au sommet, devenu inattaquable, il fallait désormais qu’il célèbre sa grandeur comme il se doit.

Live After Death

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Arrivé au sommet, Maiden tourne désormais sans interruption depuis des mois. La demande à augmenter aussi vite que sa capacité musicale et, aux Etats-Unis comme en Europe, ce sont des milliers de fans impatients qui veulent communier avec le groupe.

L’époque est parfaite pour l’enregistrement d’un album live et, pour montrer qu’il a désormais mis l’Amérique à genoux, Iron maiden construira cet enregistrement avec les quatre prestations qu’il a effectuées à la long beach arena. D’une capacité de 52 000 personnes, la salle est pleine chaque soir, et le groupe lui a préparé un spectacle digne de son immense popularité. Sortant des haut-parleurs, le célèbre discours de résistance de Churchill introduit les bombardements soniques de « Aces Hight ».

Le groupe joue alors devant un Eddie géant et momifié, qui contemple la prestation du haut de ses huit mètres. Musicalement, chaque titre est transcendé, joué avec une rapidité et une violence décuplée, sans perdre cette subtilité mélodique qui fait le charme du groupe. C’est un véritable best of qui nous est proposé ici, le parfait résumé de quatre années hallucinantes, ponctué par les fameux « Scream for me long beach » lancé par un Bruce Dickinson au sommet de sa forme. Le Lutin hurleur parvient même à faire de « Running free » un moment de communion historique.

Du coté de la production, la performance n’a presque pas été retouché, le producteur se contentant de mettre en valeur chaque instrument. Résultat, on a vraiment l’impression d’être dans ce stade ou en guise de point d’orgue Maiden envoie des versions tendues et intenses de Powerslave et Rime of the ancien mariner.

Mais, surtout, avec ces prestations impressionnantes, le groupe semble tourner une nouvelle page.

Somewhere in time

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Que faire quand on a conquis le monde, sorti un des plus grands live de tous les temps, et trouvé la perfection d’une formule qui nous a portés au sommet ? Voilà la question que se posent les musiciens d’iron Maiden en 1986. Autour d’eux, le paysage a bien changé, les groupes de leurs générations sont devenus des institutions respectées, qu’une nouvelle génération menace d’envoyer à l’hospice.

Mené par Metallica, qui a sorti son tonitruant Kill em all en 1983, le trash metal oblige les icônes du metal anglais à réfléchir à un virage significatif. De son coté, Maiden ne peut pas tenter de rivaliser avec l’âpre violence de Megadeth Metallica ou Anthrax, il y perdrait sa personnalité.

Bruce Dickinson planche sur une musique plus folk, inspiré par ce que fit Led Zeppelin sur son troisième album. Steve Harris trouve cette idée ridicule, et l’explique par le rythme infernal des tournées, qui aurait altéré le jugement de son chanteur. Il prend la direction contraire, embarquant son groupe dans un heavy metal moderne, soutenus par des synthés futuristes.

Maiden y va pourtant timidement, enregistrant plusieurs parties dans des studios différents, mais parvient miraculeusement à garder une cohérence remarquable. Bien qu’il se sente rejeté, Bruce se contente de suivre le mouvement au mieux, délivrant ainsi une de ses meilleures performances.

Sans le vouloir, Maiden vient d’écrire son premier concept album, chaque titre ayant pour thème le temps. Les guitares n’ont jamais autant galopé, soutenus par des sifflements synthétiques qui accentuent une musique devenue, paradoxalement, plus mélodique. Pour représenter les discours de sciences-fictions sous-entendus par les textes, le chant devient moins vindicatif et plus lyrique que jamais.

Le clou du spectacle arrive avec Alexander the great, longue épopée musicale retraçant le parcours d’Alexandre le grand. Le virage était parfaitement pris, et Somewhere in time prolonge encore un âge d’or qui paraît sans fin.

Seventh son of a seventh son

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Seventh son of a seventh son est l’apogée et la fin de la période « synthétique » du groupe. Plus maitrisés que sur l’album précédent, les claviers se font plus discret, tout en participant largement à l’ambiance fascinante de ses titres. L’album est plus progressif , à l’image cette ouverture acoustique, qui monte lentement en pression jusqu’à l’explosion finale.

En fait, Iron maiden signe ici son opéra métal, dont le récit fantasmagorique est tiré d’une nouvelle d’Orson Scott Card. Dickinson endosse donc le costume de conteur d’un récit dystopique, et tout le groupe est embarqué dans ce concept fantastique.

Plus mélodieux que jamais, le chant apaisé suit l’ambiance des guitares, se fondant dans les somptueuses nappes de claviers. Plus que tous les disques d’Iron Maiden précèdent, «Seventh son of a seventh son » est une œuvre indivisible, chaque titre faisant partie d’un puzzle mélodieux, et composant une œuvre ambitieuse.

Représenté par « Seventh son of a seventh son », la longue pièce de résistance est mise en milieux d’album, comme un point d’orgue à cette mythologie moderne. On a bien sûr notre lot de riffs puissants, soutenus par des refrains plus immédiatement assimilables, mais ils restent imprégnés de cette ambiance rêveuse, et remplacent l’agressivité par une fulgurance épique. Puis le disque se termine comme il avait commencé, sur une accalmie acoustique et mélodieuse.

Plus qu’un classique, c’est son âge d’or que le groupe de Steve Harris vient de clore de la plus belle des façons.


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